Communiqué: Mobilisation nationale pour la politique de la ville

LePoleS qui participe à ces groupes d’appuis est en total accord avec le communiqué des Pas Sans Nous


Monsieur Mézard, quel sens donnez-vous au mot « participation » ?

Lors de son discours à Tourcoing, Emmanuel Macron a lancé une « mobilisation nationale pour la politique de la ville », censée répondre – enfin – aux difficultés auxquelles doivent faire face les habitant.e.s des quartiers populaires. Une mobilisation qui s’est traduite par la mise en place par votre ministère de dix groupes thématiques1 devant permettre une « vaste concertation » sur les enjeux majeurs auxquels sont confrontés les quartiers populaires.

Invitée à prendre part aux échanges de ces groupes, la Coordination nationale Pas sans Nous a accueilli favorablement cette démarche, tout en restant vigilante sur les conditions de travail de ces groupes et en déplorant déjà l’absence de questions majeures comme la santé, les transports et le logement.

Près de deux mois après la mise en place de ces groupes thématiques, force est de constater que la participation n’est pas au rendez-vous et que même la concertation portée par votre ministère illustre une démarche qui n’est pas la notre.

Comment parler de concertation alors que trop peu d’habitant.e.s des quartiers populaires participent à ces groupes de travail ? D’autant que ces derniers, pilotés par des élu.e.s et des technicien.ne.s plutôt que par des acteurs et actrices locaux.les, s’inscrivent encore dans une démarche descendante qu’habitant.e.s et associations ne cessent de dénoncer. A partir de quelle concertation, les thèmes et les axes de travail ont-ils été fixés par votre ministère ? Peut-on mener un vrai travail de fond appuyé sur une véritable participation au vu du calendrier intenable, de la non-prise en compte des contraintes professionnelles et militantes des participant.e.s, de la diffusion chaotique des informations quant aux dates de réunion… ?

A cela s’ajoute le terrible manque d’ambition de ces groupes thématiques alors que nous sommes dans un cadre de mobilisation nationale. Comment accepter que la culture dans les quartiers populaires soit réduite, pour l’essentiel, à celle des horaires d’ouverture des bibliothèques ? La culture ne contribue-t-elle pas d’abord à affirmer la liberté et la dignité de chacun ? Ne représente-t-elle pas un vecteur majeur de cohésion sociale ?
Comment accepter que la lutte contre les discriminations soit résumée à la discrimination à l’embauche, sans aborder la dimension nécessairement transversale de cet enjeu ? Alors que toutes les études récentes s’accordent sur le caractère intersectionnel des discriminations subies par les habitant.e.s des quartiers populaires, pourquoi ne pas choisir cette approche ? Notre interpellation a pour but de reprendre la concertation sur de meilleures bases avant que les résultats ne soient définitivement décevants. Nous joignons à ce courrier nos propositions pour l’ensemble des 10 groupes thématiques auxquels nous ajoutons trois thématiques indispensables : la santé, les transports et le logement. Ces propositions doivent permettre d’alimenter les discussions lors des ateliers et réunions de la mission Borloo et pouvoir être discutées directement avec vous, dans le cadre de réunions régulières de travail.


1 Les dix groupes thématiques mis en place portent sur : évaluation et indicateurs, les associations, l’image des quartiers, l’apprentissage et la formation professionnelle, la mobilisation des entreprises pour les quartiers, l’emploi et l’orientation, la culture, le sport, l’éducation, la lutte contre les discriminations.

Contact presse : Marine TAGLIAFERRI marine@passansnous.org / 06 77 33 54 28

1er FORUM

1er FORUM

SAVE THE DATE – 25 novembre

Le voici !

Le programme du 1er Forum Economie solidaire & Quartiers populaires !

programme du 1er Forum Ess à Villeneuve la Garenne.pdf

Pour les inscriptions, c’est >

La Coordination nationale Pas sans Nous a décidé de prendre cette initiative pour inscrire le développement socio-économique comme l’une de ses priorités durant cette période anniversaire des 40 ans de la politique de la ville.

40 ans, ce sont plus de deux générations qui ont intériorisé leur impuissance à se projeter et qui ont grandi dans une société où la violence physique et symbolique est presque quotidienne. Elle produit du fatalisme, nouveau nom de l’impuissance ou du cynisme, maladie de notre temps.

40 ans après, au sein de la Coordination nationale Pas sans Nous, nous refusons de tomber dans le piège de la victimisation. Nous avons de la mémoire et nous avons de la dignité. Sur la question de l’emploi, nous nous souvenons des expériences de luttes et d’auto-organisation qui ont permis de créer l’insertion par l’activité économique comme les régies de quartier. Elles ont été de belles aventures collectives. Elles sont nées dans les quartiers populaires, de nos contraintes et de nos ressources, pour imaginer des solutions afin de se former, de travailler, d’être utile pour son quartier. Nous avons décidé de nous rassembler et d’être force de propositions comme de mobilisation.

En 2013 nous avons co-produit le rapport « Pour une réforme radicale de la politique de la ville : ça ne se fera plus sans nous » et nous défendons ses 1+30 propositions. Nous nous sommes mobilisés, nous avons construit des alliances, nous avons animé des Tables de quartier pour travailler un ancrage durable dans nos territoires. Nous avons décidé de reprendre l’initiative ! Ce Forum sera le point de départ d’une démarche ouverte, inclusive pour croiser les expériences, les générations, les organisations, institutionnelles ou pas, structurées ou auto-organisées. Parce qu’il est nécessaire de trouver d’autres modalités d’actions, et dans le champ économique d’expérimenter des approches qui se démarquent de la conception dominante de l’économie en affirmant des valeurs de solidarité, d’autogestion, d’épanouissement.

Au cours de ce Forum nous verrons en quoi développer une logique d’économie solidaire peut répondre à des besoins aujourd’hui non satisfaits dans nos quartiers. Nous vous invitons à participer aux ateliers pour co-construire le « Premier manifeste pour une Économie Solidaire dans les quartiers populaires ».

À Villeneuve-la-Garenne, la cité a déjà commencé à coder

À Villeneuve-la-Garenne, la cité a déjà commencé à coder

 

En à peine deux années d’existence, l’essor de l’école du Web est fulgurant. Franck Rondot/CG93

 

Basée dans le quartier de la Caravelle, l’école du Web des quartiers populaires forme une douzaine de jeunes par an au métier d’intégrateur-développeur Web. Déjà présente sur trois sites, elle devrait s’étendre à cinq nouvelles villes.

La Caravelle, dix étages, 15 500 m2 au sol, près de 6 000 habitants et 1 630 logements. Voilà pour le décor monumental, un des quartiers de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) et une des réponses données à l’appel de l’abbé Pierre en 1954 pour loger les familles des bidonvilles de la région parisienne. C’est au pied d’un de ces immenses pavés que l’on repère la devanture rouge du PoleS, pôle d’orientation vers l’emploi par l’économie sociale et solidaire.

Une formation pour quinze jeunes chômeurs

C’est là qu’est née, en 2015, l’école du Web des quartiers, sous le nom un brin impertinent de Ma6T va coder. Une aventure récente, imaginée après une longue expérience réussie d’insertion par l’activité économique. Au PoleS, en 2005, après les révoltes urbaines, Claude Sicart, son président, perçoit l’urgence : « On se dit que le besoin de qualification est élevé. On repense les dispositifs en fonction du territoire et on décroche le marché d’entretien des espaces verts de la ville pour les plus éloignés de l’emploi. » Et puis, l’ère du numérique vient percuter cette structure d’insertion vertueuse. À la demande de la préfecture des Hauts-de-Seine, voit le jour un premier projet d’emploi et de formation aux métiers du numérique pour quinze jeunes au chômage.

Abdoulaye Diarra, 29 ans, a fait partie de la toute première session de l’école du Web, en 2015. Ce grand jeune homme élancé, keffieh posé en triangle sur les épaules, se souvient de sa rencontre improbable avec le codage. Dans la salle où désormais il travaille en CDI en tant qu’intégrateur-développeur, il décrit un parcours fait de petits boulots. Monteur de stands, homme de ménage avec son oncle à la SNCF, coffreur-boiseur chez Eiffage, mécanicien, Abdoulaye entend parler de l’existence du PoleS. « Je pensais que j’allais toucher un petit salaire tranquille, me former à l’informatique mais je ne pensais pas à la suite, c’était comme un autre petit boulot. Moi qui ai porté toute ma vie, enfin, je pouvais m’asseoir un peu », s’amuse-t-il. Il mord au codage. Et s’entiche de la fabrication des sites Web. « J’aimais cette concentration, savoir d’où ça venait et comment le modifier. Petit, je rêvais d’être ingénieur… Pendant les dix mois de formation, nous avons fabriqué un quiz pour l’association Métropop’ ! » Depuis, il a participé à la création du site de PoleS, mais aussi de l’association Pas sans nous, ou encore du collectif Pouvoir d’agir. Aujourd’hui, il travaille à la création d’une application pour la gestion des espaces verts qui devrait faciliter les échanges entre le PoleS et la mairie de Villeneuve-la-Garenne.

En à peine deux ans, l’essor de cette école du Web est fulgurant. Et coïncide avec les directives gouvernementales de lancement en 2016 d’une grande école du numérique, qui regroupe un réseau de formations. L’école du Web répond illico à cet appel à projets et obtient une labellisation pour Villeneuve-la-Garenne, Pierrefitte-sur-Seine et Pantin. « Le gouvernement a pris conscience qu’il y aurait autour de 36 000 postes à pourvoir dans les métiers du numérique en France et 900 000 en Europe. Nous avons décidé de ne pas louper le coche. Déjà qu’on est en périphérie de tout, si en plus les quartiers sont coupés du numérique… On sort de l’assignation territoriale et d’orientation professionnelle, toujours axée sur le BTP, les espaces verts et les services à la personne », analyse Claude Sicart.

Payé pour apprendre, un emploi à la clé

De ces métiers, Kevin Seri, 25 ans, n’avait jamais entendu parler. Comme beaucoup de jeunes issus des quartiers populaires, il a fait toutes sortes de jobs dans la restauration ou dans la vente. Des horaires impossibles, mal payés et peu gratifiants. Arrivé à l’école du Web par le bouche-à-oreille, il vient de clore dix mois de formation certifiante. Embauché en emploi d’avenir comme animateur au sein des espaces d’éducation numérique pour les 9-12 ans, un autre volet de cette école hors du commun. « J’ai saisi l’opportunité, même si je ne connaissais pas les langages informatiques. On doit se mettre à jour parce que ça évolue très vite. Avec le fab lab, les ateliers pour enfants, on doit manier les machines, concevoir des projets robotiques, souder, fabriquer. J’aime cette pluridisciplinarité. »

Sans soutien financier des parents, les jeunes remballent très vite leurs rêves. S’il avait pu, Kevin concède qu’il aurait poussé les études plus loin. Mais, il a fallu assurer le loyer. « Ce n’était pas gagné d’avance, poursuit Claude Sicart. On reçoit des jeunes qui ont des situations difficiles, c’est pour ça qu’on les accompagne. Et quand ils terminent la formation, on continue à les suivre. » Bien loin des méthodes agressives d’apprentissage en incubation des grandes écoles, où, pendant des semaines, les jeunes doivent faire preuve de leurs compétences, contre des adversaires, et sans aucune certitude d’être pris. Kevin a tenu une semaine. Il fallait assurer le loyer, encore. Cette fois, à l’école du Web, il a non seulement été payé pour apprendre, a bénéficié d’un soutien dans les moments difficiles, mais il a aussi pu mettre à profit ses acquis en décrochant un emploi.

Izar, notre nouvelle FabLab manageuse

Izar, FabLab Manageuse

Après un parcours de Beaux arts à Rennes Izar s’est orientée vers le mouvement Maker. Elle a multiplié les expériences d’animations et de créations. Elle a la responsabilité de créer, d’aménager et d’animer les Fab Lab de Pantin et de Pierrefitte-sur-Seine. Ces espaces numériques sont destinés aux 9-12 ans sur les temps périscolaires.